Connexion

SIte de Jean Louis Couturier

Display this website in english

Aperçu historique de la pratique du cor naturel (p2)

Retour à la page 1

 

 

Atouts militaires

Si son emploi à l'orchestre est plus facilement identifiable au travers des orchestrations propres au répertoire du XVIIème siècle, en revanche, sa participation au sein du répertoire lié à l'usage de la Maison du roi ou aux fastes de Versailles semble beaucoup moins affirmée. Le recueil d'André Philidor, ordinaire de la Bibliothèque de Louis XIV, n'en fait aucune mention. Lorsque Jean-Baptiste Lully, surintendant chargé de la musique auprès du monarque utilise les cuivres par la voix des trompettes, il complète l'orchestration pour la musique de plein air, par les vents avec hautbois et bassons. Le cor semble quelque peu oublié. Compte tenu du fait que Philidor annote au sein de son recueil manuscrit bon nombre d'airs et sonneries de chasse, l'on peut dès lors supposer que l'instrument trouve plus naturellement sa place au travers de la chasse qu'aux combats.


Si l'on se conforme toujours à l'iconographie, il semblerait qu'à partir du règne de Louis XV, le cor soit employé aux armées. Dès la campagne de 1741, son usage se répand dans l'infanterie française, visiblement par le biais de sa généralisation dans les armées de Hanovre. Le cor intègre la musique militaire, tout comme la clarinette qui supplante le hautbois. Précédemment (sous Louis XIV) les musiques des régiments royaux ne requéraient qu'un nombre limité d'instruments : fifres et tambours pour l'infanterie ; trompettes et timbales pour la cavalerie ; famille des hautbois pour la marche des divers régiments.

 

 

Musiciens des Gardes françaises (Infanterie de Louis XV) :

Tambour (grande tenue) et Corniste (petite tenue).

 

 

L'entrée à l'orchestre

Les multiples caractéristiques sonores des différents instruments de musique, confèrent à chaque membre de la famille orchestrale un sentiment bien particulier. Le timbre et la puissance de la trompette déterminent ainsi un sentiment général martial et guerrier. Le cor, quant à lui, évoque davantage le caractère pastoral, à la fois noble et serein, dans une résonnance feutrée, parfois lointaine.

La forte implication de l'instrument au travers de la chasse lui confère également un rôle à l'orchestre souvent indissociable de ce thème, ce dès la période baroque. Les exemples musicaux faisant étroitement référence à la chasse en y associant l'emploi incontournable du cor sont nombreux : J.S.Bach (1685-1750) : Cantate n°208 « Jagdkantate - La Chasse » (1713) = 2 cors en fa, pour ne citer qu' un exemple significatif ; En France, Jean-Philippe Rameau, parfait contemporain de J.S. Bach, procède par l'emploi d'un figuralisme similaire : de même que l'emploi des trompettes trouvait une illustration naturelle du vers « La gloire nous appelle, écoutez ces trompettes » cf. Les Indes Galantes (1735) Rameau débute son dernier ouvrage lyrique « Les Boréades » (1764), par le vers « Suivez la chasse... » après avoir fait entendre au préalable une ouverture en prologue dans laquelle s'illustrent deux cors (en fa) dans des appels sans équivoque.

 

Cette prédominance de la chasse transparait à l'identique dans de nombreux pays, où la dénomination de l'instrument fréquemment usitée est : «corno da caccia ».

L'association d'idée : chasse = cor se poursuivra au fil des siècles dans le même ordre d'idée.

Des exemples similaires illustrent les périodes postérieures : classicisme et romantisme.

 

 

Musique militaire et musique de plein air

Si l'usage militaire du cor au sein des formations musicales des Gardes françaises de Louis XIV à Louis XVI est bien réel, il demeure en retrait, bien que l'instrument soit l'unique représentant de la famille des cuivres (les trompettes étant cantonnées à l'exécution des seules sonneries).

Malheureusement les exemples musicaux du répertoire militaire de cette époque sont quasi inexistants. En revanche, par un détour intéressant à l'opéra, Martini nous en apporte un bel exemple. L'auteur, (de son vrai nom J.P. Egide Schwarzendorff) fait se mouvoir derrière le rideau une musique miliaire dans son opéra historique intitulé « Henri IV », ouvrage datant de 1774.

Ainsi, le compositeur du célèbre « Plaisir d'Amour », fait exécuter la série complète des sonneries d'ordonnances en usage dans les armées de Louis XV, lors d'un entracte intitulé « La Bataille » figurant entre les 2èmes et 3èmes actes.

L'orchestration de Martini comporte l'essentiel des instruments dévolus à la musique militaire à cette époque : fifres, clarinettes, hautbois, 2 cors de chasse (en ré), et tambours.

 

Il faudra attendre la période post-révolutionnaire, pour voir la présence du cor s'affirmer, puis se généraliser.

Sur proposition du citoyen Chénier, la Convention nationale adopta le 18 brumaire an III (1794) le principe d'organisation de l'Institut national. Quelques mois plus tard, le projet fut adopté sous le nom de Conservatoire. Composé de cent quinze artistes, le Conservatoire était chargé de fournir les instrumentistes destinés au service journalier dispensé par la garde nationale auprès du Corps législatif.

32 musiciens, divisés en deux sections, avaient la charge de la célébration des fêtes patriotiques, en dehors de l'enseignement d'élèves instrumentistes devant alimenter ...

Ces deux petites formations de musique de plein air, composées essentiellement d'instruments à vent (bois & cuivre) et instruments de percussion, comportaient deux cors (pour une trompette).

 

 

Les jours de commémoration nationale, ou lors de la création d'hymnes patriotiques, les grands concerts exigeaient la totalité des instrumentistes. Dans cette configuration, la présence de 12 cors était requise. Les instrumentistes étant répartis entre 6 premiers cors & 6 seconds cors (pour 4 trompettes).

 

Les exemples musicaux sont nombreux dus aux citoyens-compositeurs qui s'illustrèrent lors de cette période post révolutionnaire par la création de nombreux hymnes, interprétés lors des fêtes civiques et patriotiques, faisant intervenir généralement une partie vocale, ou un choeur accompagné par les instruments à vent.

L'orchestration du répertoire « révolutionnaire » pour instruments à vent dissocie le plus souvent les cuivres qui sont rarement employés en groupe complet, les trombones étant peu utilisé dans un premier temps. A cet effet, le serpent, comme le basson tient le rôle de véritable basse harmonique.

 

Les orchestrations les plus fréquentes associant les cuivres sont les suivantes :

- bois et cors ;

- bois, cors, trompettes ;

- bois, cors, trompettes, trombones.

 

Parmi ce répertoire original citons, quelques exemples significatifs :

 

Cantates :

- François Joseph Gossec : « L'offrande à la Liberté » (1792) (2 trompettes et 2 cors en ut) ;

- Etienne.Nicolas Méhul : « Le Chant du Départ » (1794) (2 trompettes et 2 cors en ut) ;

- Giovanni Giuseppe Cambini utilise 2 cors en fa dans son « Hymne à l'Être Suprême » (1794) ;

- Charles-Simon Catel (1733-1830) : "La Bataille de Fleurus" (1794) = 2 cors en fa/3 trombones ; "Ode sur le Vaisseau Le Vengeur" (1795) = 2 cors en fa ;

-Luigi Cherubini (1760-1842) : "Hymne du Panthéon" (1794). L'orchestration de cette oeuvre conséquente pour choeur d'hommes et orchestre d'harmonie regroupe la famille des cuivres dans son intégralité : 2 trompettes, 2 cors en fa, 3 trombones.

 

Musique orchestrale :

- Etienne.Nicolas Méhul : ; « Ouverture » (1793) (trompettes, cors et trombones) ;

- Louis-Emmanuel Jadin « Ouverture en ut mineur » (1794) (2 cors en ut).

 

Musique militaire :

- Michel-Joseph Gebauer (1763-1812) [entré à la musique de la Garde Nationale (1791), Gebauer enseigna ensuite au Conservatoire (1764-1802), puis devint chef de la Musique de la Garde des Consuls puis de la Garde Impériale]. Son "Pas de manoeuvre" (1794) regroupe les instruments usités à cette époque, soit : 2 fifres, 2 clarinettes, trompettes en fa, 2 cors en fa, bassons/serpents.


Rappelons que ce répertoire est dédié au cor naturel (sans pistons). Ainsi, à l'instar des trompettes, les parties instrumentales de cor ne comportent que la série des harmoniques naturelles. Afin d'élargir la palette harmonique, certains compositeurs auront recours à l'utilisation associée de cors en différents tons. C'est le cas de Luigi Cherubini qui associe cors en mib et cors en ut notamment dans son « Hymne Funèbre sur la mort du général Hoche » (1797). L'orchestration de cette oeuvre pour choeur d'hommes et orchestre d'harmonie regroupe d'ailleurs la famille des cuivres dans son intégralité : trompettes, cors, trombones.

Il est à noter que l'utilisation globale du groupe des cuivres semble revenir à F.G. Gossec, dont l'orchestration de la la « Marche lugubre » (1790) comprend : 2 trompettes en fa, 2 cors en fa, 3 trombones, une partie de serpent, ainsi qu'une partie de « tuba corva » nécessitant l'emploi alternatif de 3 de ces instruments accordés en ut, sib et la.


C'est avec ce répertoire, interprété en plein air, devant des foules immenses, que prend corps la grande tradition musicale française incarnée dans l'orchestre d'instruments à vent (ou orchestre d'harmonie), dont le chef d'oeuvre d'Hector Berlioz, la « Grande Symphonie Funèbre et Triomphale » (1840) sera le point culminant de ce genre au XIX° siècle (cette composition monumentale ne comporte pas moins de 12 cors, divisés en trois quatuors : cors en fa/cors en mi bémols/cors en ut).

Cette tradition des spectacles à grandes fresques musicales interprétées en plein air, dont l'origine remonte aux parades et spectacles appréciés par Louis XIV, où la splendeur des cuivres fait merveille [cf. J.B. Lully : "Carrousel de Monseigneur" (1686)] obtiendra jusqu'à l'aube du XX° siècle des succès retentissants, souvent populaires (cf. Gabriel Fauré : "Prométhée" pour deux orchestres d'harmonies dont la création au mois d'août 1900, aux Arènes de Béziers).




Marches militaires sous l'Empire

Dès 1802, avènement au consulat du Général Bonaparte, les musiques de cavalerie furent supprimées. Le premier Consul préférant former quatre régiments (environ 3000 hommes) en s'appuyant sur les chevaux affectés pour le service des musiciens.

Sous l'Empire, Napoléon rétablit les fanfares de cavalerie, formations généralement composées de : 16 trompettes, 6 cors, 3 trombones.

Les musiques d'infanterie, telle la prestigieuse musique de la garde consulaire, puis impériale, comportaient quant à elles un plus grand nombre d'instrumentistes (une quarantaine d'exécutants) dont quatre cors.

La plupart des marches et pas accéléré composés à cette période comporte neuf parties, à savoir : 1 flûte, 2 clarinettes, 2 hautbois, 2 cors et 2 bassons.


David Buhl, un personnage clé :

Joseph David Buhl (1781-1860)

Issu d'une famille de musiciens, David Buhl, dès son jeune âge, montre de belles dispositions pour la musique, si bien qu'il est admit, dès l'âge de onze ans, comme trompette dans la compagnie de musique de la Garde parisienne.

David Buhl s'émancipe sous le Consulat, période qui voit l'avènement de Bonaparte. Vraisemblablement, Buhl servit dès 1799 à la prestigieuse Musique des grenadiers à pied de la Garde des Consuls. Passant comme le plus brillant trompettiste de France, David Buhl fut ensuite appelé comme instructeur au sein de l'École des trompettes pour la cavalerie, institution créée à Versailles au début de l'année 1803. Il y séjourna jusqu'à la fermeture de celle-ci en 1811. Le 1er juillet 1814, Buhl reçut sa nomination en qualité de chef de musique de l'état-major des gardes-du-corps du Roi Louis XVIII. La même année, David Buhl est fait chevalier de la Légion d'honneur, par décret du 21 septembre 1814.

Le 29 mai 1825, à Reims, lors du Couronnement du Roi Charles X, David Buhl est heurté par une voiture du cortège royal, alors qu'il dirige la « Fanfare du Sacre de Charles X », pièce orchestrale qu'il a composé spécialement afin de solenniser l'événement. Les suites de ce fâcheux accident mirent un terme à sa carrière militaire.

On doit à David Buhl la composition des sonneries de trompette en usage au sein de la Cavalerie, constituées en une ordonnance adoptée par le ministre de la guerre en l'an XIII (1804), ainsi qu'une "Méthode de trompette", parue en 1824 (Brandus - Paris) destinée à l'instruction des trompettes de la Cavalerie.


On lui doit également à cet artiste une suite de « Six Fanfares » instrumentées pour quatre trompettes mib, deux cors mib et un trombone. D. Buhl précise que ces fanfares ont été sonnées en 1804 dans la Garde consulaire et que l'on exécutait cette musique de sept à vingt-cinq instrumentistes. Il semble que Buhl est ainsi composé le premier exemple véritable de fanfare essentiellement pour cuivres de l'École française. Buhl a judicieusement utilisé le trombone, seul instrument chromatique de son orchestration dévolue aux instruments naturels lui permettant par son soutien harmonique le recours à la modulation.



Le cornet de voltigeur ou cornet de poste :

Lors des campagnes de Napoléon Ier menées vers l'Autriche et la Bavière, les troupes françaises découvrent l'usage - civil et militaire - du cornet de poste ou cor de postillon.

L'infanterie française est séduite par cet instrument maniable, peu encombrant, inconnu en France.

L'arrêté du 22 ventose an XII (13 mars 1804) créait dans les régiments d'infanterie légère les compagnies de voltigeurs. Ce texte réglementaire précisait en outre qu'au sein des compagnies de voltigeurs le cornet prendrait lieu et place du tambour parmi les instruments militaires. Le cornet de voltigeur est introduit aux armées durant l'année 1805. Il semblerait que les premiers instruments usités furent de facture allemande. Sous la férule de D. Buhl un répertoire de sonneries réglementaires voit le jour à destination des voltigeurs. Le cornet est adopté dans la tonalité d'ut.


Lors des années 1812-1813, David Buhl est nommé instructeur en chef à l'École des cornets des pupilles de la Garde Impériale. Peu avant la chute de l'Empire Buhl compose une suite de «Deux marches et quatre pas redoublés » (1812) pour quatre cornets. Ce répertoire constitue le seul exemple de musique dédié à un ensemble de cornets de voltigeur.

D'après les écrits du Général Molitor (1821), il semblerait que le cornet de poste fut d'exécution difficile et de sonorité criarde ne correspondant pas vraiment à un usage militaire, notamment lors des combats. Cette idée se généralise rapidement, et dès la réorganisation de l'infanterie en 1815, le tambour supplante à son tour le cornet de voltigeur qui fut définitivement abandonné en 1822.


Cornet de voltigeur ou cornet de poste (Musée de l'Armée - Paris).



De par l'une de ces compositions singulières, David Buhl témoigne précisément de l'emploi des instruments de musique en usage au sein de l'orchestration pour musique militaire. En effet, composés sous la Restauration les "Quatre Pas redoublés pour Fanfare et Musique" préfigureront la composition de la formation musicale de type musique militaire actuelle.

 

- Par fanfare, il faut entendre le groupe des instruments naturels en usage aux armées en général, et dans la Cavalerie en particulier : la trompette, le tambour, le cor de chasse. D. Buhl ajoute à ce groupe de "fanfare" un trombone, qui sert de basse véritable à l'édifice orchestral. On retrouvera plus tard cet ensemble sous l'appellation de batterie d'ordonnance, à partir de l'adjonction du clairon. (A noter que ce dispositif regroupé par David Buhl préfiguera l'orchestre de cuivres naturels ou "batterie-fanfare".

 

- La musique (ou harmonie) : regroupe les instruments usités dans l'infanterie : fifres, clarinettes, bassons pour les vents ; trompettes en mi bémol, cors en mi bémol, trombones et serpents constituant le groupe des cuivres. Le cor usité dans les deux formations est identique, soit un simple cor de chasse.

 

 

Réorganisation des musiques militaires :

A la fin des années 1830, les nouveaux instruments en cuivre à système ont remplacé en partie les instruments en bois, partout en Europe. Les premières méthodes pour cuivres chromatiques apparaissent en complément de la mise au point des nouveaux instruments. Ainsi, en 1840 Joseph-Emile Meifred est l'auteur de la première méthode pour cor à trois pistons. En France, après de nombreuses polémiques opposant partisans et détracteurs, une réforme se traduit en 1845 par la réorganisation complète des musiques régimentaires et l'adoption par l'armée des instrumentés inventés et mis au point par Adolphe Sax (1814-1894) (saxophones, saxhorns, saxotrombas) ou perfectionnés et munis de ses systèmes : trombones et trompettes à cylindres, clarinette basse.

L'adoption des instruments élaborés par A. Sax palie avantageusement la déficience des instruments du registre grave de l'orchestre à vent, représentés jusqu'alors par le basson, le serpent et l'ophicléide.

 

La décision ministérielle du 19 août 1845 entérine les dispositions suivantes :

- musique de type infanterie : 1 chef, 49 instrumentistes (dont 4 cors à 3 cylindres) ;

- musique de type cavalerie : 36 instrumentistes (4 saxhorns barytons font office de cors).

 

On doit à deux compositeurs prolixes : Alexandre Fessy (1804-1856) et Jean (Baptiste) Mohr (1823-1891) fidèles partisans du « système Sax » la création d'un répertoire abondant destinés tout d'abord aux formations musicales militaires nouvellement modifiées (pour l'infanterie : adjonction des saxophones et saxhorns aux bois existants ; pour la cavalerie emploi exclusif des instruments mis au point par A.Sax).

 

Au beau milieu du XIX° siècle, l'arrivée du cor chromatique tend à supplanter de manière générale la pratique du cor naturel. Cependant, plusieurs compositeurs useront simultanément d'un pupitre de cors divisés en cors chromatiques et cors simples (appelés cors d'harmonie).

 

En 1854, fort de son influence auprès de l'Empereur Napoléon III Sax bénéficie d'une nouvelle disposition gouvernementale qui impose à nouveau les instruments du facteur pour les musiques militaires de l'infanterie et de la cavalerie de la Garde Impériale. L'emploi du cor y est proscrit au profit du groupe complet des saxhorns.

Par décret impérial du 26 mars 1860, l'effectif des musiques militaires est réduit par mesure d'économie budgétaire :

- 40 instrumentistes pour les troupes à pied :

- 27 instrumentistes pour les troupes à cheval.

(Les saxhorns supplantent toujours l'emploi du cor).

 

Un nouveau décret impérial daté d'avril 1868 marquera la suppression des musiques de la cavalerie.

Parallèlement aux musiques militaires, les sociétés musicales civiles adoptèrent presque unanimement au sein des fanfares, formations particulièrement nombreuses dès la fin du XIX siècle, l'instrumentation défendue par A. Sax. La qualité et le prix d'achat des instruments construits par les ateliers de Sax étant indiscutables.

 

C'est au début du XX° siècle que la composition instrumentale des musiques militaires se stabilisera avec l'adoption d'une orchestration regroupant la totalité des instruments à vent, marque de la nomenclature de l'orchestre d'harmonie à la française :

 

- groupe des bois de la petite harmonie (petite flûte, flûte, clarinette, hautbois, basson) ;

- groupe des saxophones (soprano, alto, ténor, baryton, basse) ;

- groupe des cuivres clairs (trompette d'harmonie, cornet à pistons, trombone) ;

- groupe des saxhorns (petit bugle, bugle contralto, alto, baryton, basse et contrebasse) ;

- groupe des percussions.

 

A noter cependant que la tradition musicale populaire incarnée au sein des fanfares de type Sax (uniquement composées de toute la famille des saxhorns) perdurera en France jusqu'au milieu du XX° siècle.

 

 

 

 

 

 

Les chasseurs d'Orléans :

Issu d'une tradition militaire vivace interne aux armées, le cor a été l'apanage de l'arme des chasseurs. Le chasseur à pied étant un fantassin servant au sein de l'infanterie. Les chasseurs sont héritiers des traditions issues du Ier Empire. Avec l'apparition de la carabine, ces troupes deviennent des unités d'élite regroupées au sein de l'infanterie légère, nouveau concept qui apparaît dès 1833. Louis Philippe Duc d'Orléans s'enthousiasme par ce nouveau concept en créant en 1838 un bataillon provisoire à six compagnies. L'unité est définitivement adoptée par l'ordonnance du 28 août 1839. En 1840, il est créé 10 bataillons de Chasseurs à pied. A la mort du Duc d'Orléans, le 13 juillet 1842, les bataillons prennent l'appellation de Chasseurs d'Orléans. En 1853, Napoléon III décide la création de 10 bataillons supplémentaires. A la fin de la guerre de 1870, la France compte 30 bataillons de Chasseurs. Dès 1888, les bataillons se spécialisent dans le combat de montagne et 12 bataillons sont transformés en bataillons de chasseurs alpins. Ils sont dès lors implantés dans tout le massif est alpin.

Tous les bataillons possèdent alors une fanfare, où le cor (ou trompe) de chasse tient le rôle central. Depuis, par cette longue tradition militaire, l'instrument est à la fois associé à l'arme des chasseurs, ainsi qu'aux montagnards en général.

 

Insigne du 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins.

(Bataillon créé le 30 janvier 1871).

 

 

L'enseignement officiel

Après la réforme de Sax, la pratique du cor naturel s'est maintenue jusqu'à la mise au point définitive du cor chromatique.

Le cor naturel a été utilisé au sein de l'Orchestre de l'Opéra de Paris jusqu'aux années 1850 environ.

Son enseignement officiel au Conservatoire de Paris se poursuivra encore quelques années après 1903, date à laquelle le professeur François Brémond obtint l'autorisation de l'administration de n'enseigner plus que le cor à pistons. Toutefois, F. Brémond, entre autres artistes, continuera à promouvoir - en dehors du Conservatoire - l'usage et les techniques du cor naturel, contribuant ainsi à en maintenir la pratique.

 

Casimir Collomb : "La Musique" (Hachette - Paris 1878).

 

 

Classe de Cor du Conservatoire de Paris

in "Le Monde Musical" - Paris (1895).

 

 

Henri Chaussier (1854-1914), corniste virtuose.

Nadar, photographe.

 

 

 

Naissance d’un genre :

Dès sa création officielle en 1934, l’armée de l’air se dote de formations musicales. La musique principale de l’armée de l’air reçoit l’appellation de "musique de l’air". Le recrutement de cette phalange musicale s’apparente à celui de la prestigieuse musique de la Garde républicaine. Ainsi, les instrumentistes sont recrutés sur concours parmi les lauréats des conservatoires nationaux. L’exigence artistique des concours de recrutements ne cessera d’évoluer au fil des années.

Dès sa création la musique de l’air s’articule en deux formations distinctes : un orchestre d’harmonie et une batterie d’ordonnance composée de tambours et clairons, instruments de l’infanterie (ces instrumentistes sont également dotés d’un fifre).

Lors des cérémonies militaires, ces deux ensembles fusionnent pour former une formation de type musique militaire.

D’autres instruments additionnels viennent  compléter les instruments de la batterie :

 

- la trompette d’ordonnance mi bémol ou trompette de cavalerie, instrument traditionnel des armes de la cavalerie ;

- le cor de chasse, instrument traditionnel des formations d’infanterie de type chasseurs (chasseurs alpins et chasseurs mécanisés).

 

Lorsque la formation donne des concerts, elle se présente soit en configuration orchestre d’harmonie, soit en formation batterie (dans ce cas de figure, elle est dirigée par le tambour-major).

Le répertoire de la batterie est alors exclusivement composé de marches traditionnelles ou de petites fantaisies instrumentées pour divers petits ensembles :

 

- fanfare sib (clairons et tambours) ;

- fanfare mib (trompettes, cors, trompettes-basses et tambours) ;

- fanfare mixte (réunion de la fanfare sib & mib).

 

Les concours de recrutement destinés à pourvoir les postes vacants de la batterie deviennent également de plus en plus sélectifs.

 

Dès son arrivée au poste de chef adjoint de la musique de l’air, le sous-lieutenant Jacques Devogel est surpris de constater que la batterie forte d’une quarantaine d’instrumentistes recèle pas moins de 27 lauréats nantis d'un prix de conservatoire. (à noter pour l’anecdote la présence de deux instrumentistes en poste alors au pupitre des clairons : M. Robert Bouché, futur 1er Prix de trompette du concours international de Genève, et trompette-solo de l’orchestre de l’Opéra de Paris, ainsi que M. René Caron, futur trompette-solo des orchestres de la Garde républicaine).

 

Jacques Devogel (1926-1995).

 

Au début des années 60, Jacques Devogel décide de doter la batterie de la musique de l’air de Paris d’un répertoire nouveau, résolument moderne afin d’exploiter au mieux les possibilités artistiques des instrumentistes qui composent la formation. Ce nouveau genre prend la dénomination de « batterie-fanfare », il s’agit tout simplement d’un orchestre de cuivres naturels, composés des instruments en usage dans l’armée française :

 

registre aigu :

- trompette d’ordonnance mib ;

- clairon d’ordonnance sib ;

 

registre médium :

- cor de chasse mib ;

 

registre grave :

- trompette-basse mib ;

- clairon-basse sib ;

 

percussions :

- tambour d’ordonnance ou caisse claire ;

- grosse caisse ;

- cymbales ;

- petits accessoires.

 

Complémentairement, Jacques Devogel ajoute à la palette sonore de ses compositions d’autres instruments :

- le saxhorn contrebasse sib (seul instrument chromatique, véritable soutien harmonique de l’ensemble) ;

- des instruments du groupe des percussions (timbales, claviers, accessoires).

 

Au fil des années le groupe des percussions s’est étoffé considérablement, à l’identique de celui de l’orchestre d’harmonie (batterie, claviers, accessoires etc…)

 

Jacques Devogel était lui-même détenteur d’un prix de clarinette du Conservatoire de Roubaix, et  nanti de plusieurs récompenses obtenues en classe d’écriture au Conservatoire de Paris, auprès des Maîtres Noël et Jean Gallon.Jacques Devogel fut un compositeur fécond aussi bien pour l’orchestre d’harmonie que pour la batterie-fanfare. Passionné par la musique récréative, son style s’inscrit naturellement dans la musique légère. En France, entre les années 1950 et 1980, le style « musique légère symphonique » suscita l’intérêt de nombreux compositeurs, dont plusieurs lauréats du Prix de Rome, tels :

 

- Jacques Castérède ; Serge Lancen ; Paul Bonneau ; Pierre Gabaye ; Georges Delerue ;Pierre-Max Dubois ;Jean-Michel Defaye, etc…

 

A cette époque, l’orchestre de musique légère symphonique de l’ORTF (ex Radio-France) commandait régulièrement des compositions, qui étaient diffusées quotidiennement sur les ondes). Parmi les nombreux compositeurs qui ont œuvré pour cette formation symphonique, citons également quelques spécialistes du genre :  Wal-Berg, Roger Roger, Guy Luypaerts…

 

Jacques Devogel s’inscrivait dans cette mouvance. Il n’est donc pas surprenant que l’un de ses compositeurs de prédilection fut le talentueux compositeur américain : Leroy-Anderson. Tant pour ses compositions destinés à l’orchestre d’harmonie ou à l’orchestre de batterie-fanfare Jacques Devogel développa un style personnel propre qui ne fit aucune concession aux écoles étrangères.

Au début des années 60 la mode est aux danses populaires « modernes » largement répandues par la radiodiffusion : cha-cha-cha, jerk, twist, rumba, samba, etc.

Les premières compositions à destination de l’orchestre de batterie-fanfare furent inspirées par ces rythmes caractéristiques, aussi bien que par les danses de salon anciennes : valse, charleston, mazurka, menuet, boléro, tango, paso-doble etc.

A l’instar de « Satin Doll » de Leroy Anderson qui resta de longs mois au top des hit-parades des radios américaines, le style nouveau, résolument récréatif, initié par la batterie-fanfare de l’air, enflamma les esprits et enregistra de nombreux succès.

Largement diffusée par le microsillon 45T (qui comprenait quatre titres) la batterie-fanfare fit des émules, principalement au sein des sociétés musicales populaires qui s’emparèrent simultanément du genre et de tout le répertoire !

 

D’une certaine façon, la batterie-fanfare contribua à un regain d’intérêt pour la pratique des instruments naturels. Le répertoire moderne démontrait parfaitement que l’on pouvait faire de la musique à l’aide d’instruments naturels, instruments à connotation militaire, pas toujours très honorables dans l’esprit du grand public.

Ces instruments n’étaient d’ailleurs pas enseignés au sein des écoles et conservatoires de musique. Si bien, qu’une petite composante d’instrumentistes de la batterie-fanfare de l’air sillonna la France pendant plusieurs décennies afin de dispenser une formation pédagogique à destinée aux sociétés musicales populaires. Cet engagement se concrétisa par la création en 1980 d’une entité entièrement consacrée à la défense et à la promotion de ce genre sous l’appellation « Confédération Française des Batteries-Fanfares ». Jacques Devogel en fut, tout légitimement,  le premier président.

L’essor de ce genre nouveau ne put se faire qu’à l’aide d’un répertoire de qualité, suffisamment diversifié. Quelques rares compositeurs « atypique » contribuèrent à cette réussite, et ont fait figure de pionniers :

 

- Guy Luypaerts (né en 1917) : pianiste accompagnateur des stars de la variété française : Charles Trenet, Édith piaf etc. Chef d’orchestre et compositeur de musique légère.

Pendant près de cinquante ans, il insufflera librement son goût pour la musique de jazz à travers ses nombreuses compositions destinées à la batterie-fanfare ;

 

- Roger Fayeulle (1913-1979) premier prix de cor du conservatoire de Paris (1933), élève des classe d’écriture (Jean & Noël Gallon), sous chef, puis chef de la Musique de l’air de Paris (1938-1940). Il est nommé en janvier 1952 chef de la musique de scène de l'Opéra de Paris, poste qu'il occupera jusqu'en 1978. Par la noblesse de son écriture, Roger Fayeulle apporta à la batterie-fanfare ses véritables lettres de noblesse avec des compositions où le style classique prédomine. Citons deux de ses compositions emblématiques,  poèmes symphoniques miniatures : « Les Tatars » et « Mirage »  ;

 

- Jacques Robert, élève de la classe de composition de Tony Aubin, au conservatoire de Paris. Compositeur prolixe à la sûreté d’écriture indéniable, on lui doit plusieurs œuvres conséquentes, aussi bien classiques que modernes.

 

De nombreuses pièces à caractère pédagogique (avec ou sans accompagnement de piano) ont été également composées au profit de la formation des jeunes instrumentistes des formations musicales civiles, qui pour la plupart ont débuté l'apprentissage de la musique, par l'étude d'un instrument naturel.

 

 

Jacques Devogel : "Chasse à Courre",

pour orchestre de cuivres naturels

partie de 1er cor mib (extrait).

 

 

Page 3

 
Site hébergé par Websailors - Mentions légales
Créé avec Shopsailors